Quand on pense au métier de céramiste, on imagine souvent la terre, les mains qui travaillent, le calme de l’atelier, les pièces qui prennent forme peu à peu.

C’est bien cela.

Mais être céramiste aujourd’hui, c’est aussi gérer une entreprise. Produire, vendre, répondre aux messages, tenir la comptabilité, préparer les commandes, communiquer… et parfois avoir l’impression d’exercer plusieurs métiers à la fois.

Et puis, dans mon cas, je donne aussi des cours de céramique. J’aime énormément cette dimension de transmission, mais elle demande une autre énergie : préparer les séances, accompagner les élèves, expliquer, encourager, être disponible, suivre le séchage, les cuissons. C’est une autre facette de mon métier, très enrichissante, mais qui s’ajoute au reste.

Sophie LEPLEE en cours d'initiation au tournage

Il y a aussi les réseaux sociaux, et dans mon cas, instagram.

Ils sont devenus un outil incontournable pour faire connaître son travail, mais ils peuvent facilement prendre beaucoup de place dans la tête. Il faut publier, montrer ses créations, faire des photos, écrire, raconter, être présente régulièrement… et parfois avoir l’impression que si l’on ne communique pas suffisamment, on disparaît.

J’ai notamment expérimenté les ventes éphémères ces derniers mois, avec tout le travail de communication qu’elles impliquent : préparer une collection, faire du teasing plusieurs semaines à l’avance, montrer progressivement les pièces, créer l’attente, vous conduire jusqu’à l’acte d’achat, puis accompagner la vente.

Cela fonctionne certainement très bien pour certains artisans. Mais je me suis rendu compte que ce fonctionnement ne me convenait pas vraiment.

J’ai envie de créer parce qu’une idée arrive, parce qu’une forme me plaît, parce qu’une couleur me donne envie d’être essayée. Je n’ai pas forcément envie de penser plusieurs semaines à l’avance à la manière dont je vais communiquer autour de cette création. C’est trop de pression et cela engendre chez moi un stress qu’il m’est difficile de supporter.

Alors je choisis progressivement de revenir à une façon de vendre plus simple : au fil de l’eau.

Les pièces sont disponibles lorsqu’elles sont prêtes. Je les montre lorsqu’elles existent. Je vous annonce quand elles sont sur la boutique. Je partage ce qui se passe réellement dans l’atelier, sans forcément chercher à construire une grande campagne autour de chaque vente.

C’est peut-être moins « stratégique ».

Mais c’est beaucoup plus moi.

Sophie LEPLEE et une participante à un cours de modelage

Cette réflexion m’a amenée à comprendre que la santé mentale, lorsqu’on est artisan, n’est pas seulement liée à la quantité de travail.

Elle dépend aussi de la façon dont on organise son activité et de la place qu’on lui laisse dans sa vie.

Une activité peut être économiquement viable et pourtant devenir difficile à vivre si elle nous demande en permanence d’être quelqu’un que l’on n’est pas.

Les chiffres de l’étude Ifop publiée en juin 2026 sur la santé mentale des travailleurs indépendants sont d’ailleurs assez parlants : 47 % des indépendants insatisfaits de leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle déclarent être en mauvaise santé mentale. Et 44 % des indépendants ont déjà envisagé de ralentir leur rythme de travail pour réduire leur stress et protéger leur santé mentale.

Ces chiffres font réfléchir.

Parce que derrière une petite entreprise, il y a une personne. Et cette personne, c’est aussi l’outil de travail.

On parle beaucoup de développement, de communication, de visibilité, de chiffre d’affaires.

On parle peut-être moins de la manière dont on veut vivre son métier.

Pour moi, prendre soin de ma santé mentale passe aussi par là : accepter de simplifier, de ralentir parfois, de faire des choix qui ne sont peut-être pas les plus « efficaces » sur le papier, mais qui correspondent davantage à ma façon de travailler.

Continuer à créer. Continuer à transmettre. Continuer à partager mon univers.

Mais sans avoir le sentiment de devoir être partout, tout le temps.

La céramique m’a appris qu’il faut parfois laisser les choses prendre leur temps.

Peut-être que c’est aussi une bonne leçon pour l’entreprise.

Créer une activité qui nous ressemble, c’est aussi prendre soin de la personne qui la fait vivre.

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